A 65 ans, Patricia retrouve sa mère qu’elle croyait décédée

A nous, elle peut le dire. « Pour la Fête des mères, je crois que je lui offrirai, même en retard, un téléphone portable ! »plaisante Patricia.

Non pas qu’elles ne se parlent pas, mais elle aimerait pouvoir lui envoyer des photos et – accessoirement – lui apprendre à en envoyer aussi.

En attendant, les deux femmes s’adressent des tirages papier par courrier, à l’ancienne. « A 65 ans, j’ai perdu l’habitude. Et nous avons quand même quelques années à rattraper… »

Adoptée quand elle avait 2 ans

Patricia était élève de cinquième quand un professeur pas très bienveillant lui lance, devant toute la classe : « Pour le nom des parents, je mets celui de tes parents adoptifs ou de l’Assistance publique ? »Alors que les autres élèves ricanent, l’adolescente encaisse. En même temps, elle se doutait déjà de quelque chose depuis longtemps. « Même quand je lui ai raconté cet épisode, ma mère adoptive a nié. Pourtant, tout le village savait. »Le couple âgé, qui accueille des enfants de la DDASS, ne peut pas avoir d’enfants et l’a adoptée quand elle avait 2 ans. « Ça s’est bien passé,résume-t-elle. Je n’ai pas été malheureuse. Cependant, je n’avais pas le droit de poser de questions sur mon passé. »

A défaut de savoir, Patricia rêve et s’imagine une autre vie. « Dans ma tête, je m’étais construit une famille, finalement pas si loin de la réalité. J’avais des facilités en anglaiset j’étais persuadée que j’étais la fille d’un soldat américain. »Après tout, Patricia est née en 1956, quand il y avait encore des garnisons à La Rochelle. A-t-elle entendu des bribes de conversations pendant son enfance ? « En tout cas, cette intuition a été tenace. »

Et ce n’est sans doute pas un hasard si elle a donné à ses deux fils des prénoms à consonance américaine…

Un test ADN à 60 ans passés

Mais l’essentiel de son existence, Patricia l’a mené sans rien savoir. « J’ai commencé mes recherches à 18 ans auprès de l’Assistance publique. La première fois, on m’a dit qu’on n’avait rien trouvé. Quelques années après, j’ai retrouvé des fiches de suivi médical et mon certificat d’abandon de la DDASS. »En fait, il comporte une erreur que Patricia ne relève pas. « Sur une ligne figurait la mention “À la demande d’Yvette Poirau”. Comme l’anonymat des mères est normalement sacré, j’ai pensé que c’était le nom d’une assistante sociale, mais non… »Plus tard, Patricia écrit au procureur de la République pour faire une recherche dans l’intérêt des familles et contacte même l’émission de Jacques Pradel Perdu de vue,en vain. Les années passent et elle a de quoi s’occuper. « Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais persuadée que ma mère était morte. »

Et faute d’en savoir plus, elle se concentre sur sa propre vie, longtemps bien remplie avec ses fils à élever et trois mariages.

Malgré tout, certaines questions demeurent. Jeune sexagénaire et grand-mère, Patricia a l’idée, en 2019, de faire un test ADN. « C’était la mode et vu mon âge, je pensais peut-être retrouver des frères et sœurs ou des cousins. »

Cependant, elle ne sait pas comment interpréter les résultats. Un heureux hasard fait qu’elle tombe sur une émission de télévision qui traite de ce sujet et elle note le nom d’un détective interrogé, Fabrice Brault,spécialisé dans ce type de recherches.

« Je l’ai contacté et il a accepté de prendre mon dossier. Et tout est allé très vite. »

“En décrochant, j’ai tout de suite compris que c’était elle”

Entre les éléments de son dossier, son test ADN et ses propres contacts, le détective rassemble facilement toutes les pièces du puzzle familial. « J’ai pleuré et pleuré quand il m’a raconté l’histoire de ma vie… »

Donc, il était une fois Yvette, une jeune femme tombée amoureuse, puis enceinte, d’un soldat américain qui s’est enfui. « Je suis née prématurée et les parents de ma mère lui ont dit que j’étais morte. Elle les a crus et a fini par épouser un autre Américain. Elle a eu une autre fillette, décédée à l’âge de 5 ans. En fait, elle a vécu toute sa vie sans enfant et sans savoir que j’existais. »

Une fois le mystère éclairci, pas question, pour Patricia, d’appeler sa mère sans qu’elle soit prévenue. Après avoir tiré le fil français, Fabrice Brault dénoue l’écheveau américain. Le papa biologique de Patricia est mort en 2011, mais il a eu un fils, toujours vivant et ravi d’apprendre l’existence de cette demi-sœur française. Côté maternel, c’est une nièce qui établit le contact et donne les coordonnées de Patricia à Yvette. « Le téléphone fixe a sonné tôt, un matin. En décrochant, j’ai tout de suite compris que c’était ma maman. » Au bout du fil, Yvette est aussi émue qu’alerte. « A 85 ans, voilà que j’apprends que je suis mère »,plaisante-t-elle.

Depuis qu’elles se sont retrouvées il y a un plus d’un an, les deux femmes se parlent tous les jours par téléphone. Patricia se serait déjà jetée dans ses bras si la crise sanitaire ne s’en était pas mêlée. « Ma mère habite toujours aux Etats-Unis et trois voyages ont déjà été annulés à cause des restrictions de circulation. J’aurais volontiers invoqué un motif essentiel, mais aux yeux de la loi américaine, nous ne sommes pas liées. »Peu importe si le calendrier est bousculé. « Je sais déjà que quand nous retrouverons, ce sera notre plus belle Fête des mères ! »

Cet article a été publié dans le magazine Nous Deux numéro 3856.

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